samedi 28 mai 2016

Bienvenue aux premiers Jeux Olympiques cyborgs

Bienvenue aux premiers Jeux Olympiques cyborgs

Bienvenue aux premiers Jeux Olympiques cyborgs

Le professeur en robotique Robert Riener est à l’origine du premier Cybathlon, constitué d’épreuves réservées aux personnes appareillées. Interview.

L’ADN est partenaire de Futur en Seine, le rendez-vous de l’innovation qui a lieu du 9 au 19 juin 2016. Dans le cadre du festival, Robert Riener présentera le Cybathlon, une manifestation dédiée aux personnes appareillées et aux ingénieurs derrière les prouesses techniques des prothèses. « Je voulais vraiment créer un événement qui puisse être une démonstration de technologie, sortir les ingénieurs de leur laboratoire et les réunir sur le devant de la scène avec les personnes appareillées. Il y a une vraie vocation sociale ».
Robert Riener explique que jusqu’alors, les développeurs et les ingénieurs échangeaient très peu avec les patients. « La technologie proposée ne répondait pas forcément à des besoins précis, mais à leur idée de ce qu’était l’avancement technologique ». Faire dialoguer dès le départ ceux qu’il appelle les « pilotes » et les ingénieurs permet d’élaborer des appareils mieux acceptés et plus utiles. En ce sens, le Cybathlon récompense une équipe : le pilote, et le développeur.  
« Je préfère parler de pilote plutôt que de patients ou d’athlètes : nous mettons en avant des gens capables de contrôler leur appareil. Ils doivent en être le maître, il y a un équilibre à trouver ». En ce sens, les « épreuves » du Cybathlon impliquent des tâches de la vie quotidienne. Il s’agira de montrer la pertinence des appareils dans la vie de tous les jours : comment ils peuvent permettre aux pilotes de préparer un petit-déjeuner (ouvrir un pot de confiture, faire une tartine de beurre, couper du pain, servir un verre de lait,…), ouvrir des portes, s’asseoir à table, porter des sacs ou des boîtes,… « Nous voulons améliorer au maximum l’interaction entre la technologie et l’utilisateur. Comment veut-il bouger ? A quelle vitesse ? Plus les appareils sont automatisés, plus ils doivent être adaptés ».
Pour Robert Riener, une vraie victoire serait que les utilisateurs puissent « oublier » leurs appareils. « Hollywood, avec Iron Man par exemple, veut nous faire croire que les appareils pourront créer des surhommes. Nous n’en sommes pas encore là : la première étape est de rendre le quotidien fluide ». Lorsqu’il évoque les appareils des athlètes paralympiques, Robert Riener souligne qu’ils ne leur permettent d’effectuer qu’une seule tâche. « Il faudra encore de nombreuses années avant que la technologie ne puisse créer des supermen. Sans compter que cela pose des questions d’éthique ». Il évoque l’exemple des exosquelettes, qui semblent être la panacée de l’armée. « Idéalement, ils devraient permettre aux soldats de marcher plus vite, tout en portant des charges lourdes. Ce n’est pas possible aujourd’hui, malgré les investissements conséquents qui sont associés à la recherche. Il faut faire attention : la technologie peut être utilisée à bon escient, mais aussi pour faire la guerre. Il faut réglementer cela ».
Les innovations qui seront présentées lors du Cybathlon restent encore peu accessibles… « Les taux de production sont faibles, ce qui les rend coûteuses ». Pour lui, il est nécessaire de concevoir des produits très haut-de-gamme pour qu’une technologie abordable puisse être proposée. « C’est aussi pour cela qu’il est important de démocratiser le sujet auprès du public. C’est encore tabou, les gens n’ont pas conscience que de nombreuses personnes doivent vivre avec un appareil, qui demande souvent un investissement financier ».  
Pour lui, le handicap ne doit pas être considéré comme quelque chose de mal. « Il faut réunir les gens, les faire bouger ensemble. La technologie permet cela ».

Tags : Suisse